Les Milanais se réveillent en zone rouge, confinement à l’italienne

Le premier ministre italien Giuseppe Conte a signé un décret hier soir stipulant le confinement de toute la Lombardie et de 14 autres provinces italiennes, dont Venise, pour tenter de contenir la propagation du coronavirus. Une décision inédite, un moment historique pour l’Italie qui restera marqué dans les esprits pour longtemps.

Ce confinement concerne 16 millions de personnes et comprend entre autre, l’interdiction d’entrée et de sortie de la zone rouge, la fermeture, en plus des écoles et universités, des discothèques, des salles de bingo (très fréquentées par les personnes agées, équivalent des lotos en France), des pubs, des cinémas et des théâtres. Resteront fermés aussi les stations de ski (nombreuses en Lombardie), les musées, les gymnases et les piscines. Les manifestations sportives sont interdites. L’application de la distance sociale d’au moins 1 mètre pour tous devient obligatoire partout (y compris dans les bars, les restaurants et dans les grandes surfaces qui resteront ouverts à certaines heures et certains jours seulement) sous peine de fermeture du local, immédiate en cas d’infraction ou d’arrestation, selon les cas. Voir l’article (en italien) du journal Repubblica.it.

Ce n’est pas une interdiction absolue, elle n’arrête pas tout, les trains et les avions ne sont pas bloqués: il sera possible de se déplacer pour des exigences de travail prouvées ou pour des urgences et des raisons de santé. Mais la police pourra arrêter les citoyens et leur demander pourquoi ils se déplacent vers des territoires où la croissance des cas de contagion conduit le gouvernement à adopter des mesures qui n’ont jamais été aussi restrictives.

L’alarme dans les hôpitaux de Lombardie et en particulier en soins intensifs

Ce décret intervient après un appel désespéré du Coordinateur des soins intensifs de Lombardie dans une lettre adressée au gouvernement, l’implorant de faire quelque chose sous peine de « calamité sanitaire » si rien n’est fait.

Il intervient aussi après l’appel de Barbara Balanzoni dans une vidéo : «Restez chez vous, je vois trop de gens dehors, vous ne comprenez pas qu’il n’y a pas assez de respirateurs. Si vous continuez à faire la vie comme toujours, nous n’y arriverons pas » .

Elle s’appelle Barbara Balanzoni et est anesthésiste et médecin légiste, basée à Vérone (elle a également diplômée en droit). Le 4 mars, elle enregistre cette vidéo qui a immédiatement fait le tour des médias sociaux en Italie. C’est un appel sincère et direct face à la propagation de l’infection coronavirus:

« Je veux savoir ce que tous ces gens font dehors, dit-elle avec détermination, je vous le dis clairement, parce que parfois certainement être empathique ne rend pas l’idée : il n’y a pas de place dans les réanimations, il n’y a pas assez de respirateurs, nous, les anesthésistes, n’y sommes pas. Cela signifie qu’il y a un certain nombre de places en réanimation, les patients qui en ont besoin sont plus nombreux.
La seule chose qu’il faudra faire sera de fermer les salles d’opération et donc ceux qui auront besoin d’être opérés ne pourront pas l’être. Si vous continuez à aller dans les bars et les discothèques, si vous continuez à faire la vie comme toujours, vous augmenterez le nombre d’infections. Je ne sais plus comment vous le dire. Si vous continuez comme ça, le nombre de pneumonies va augmenter et nous ne savons pas où vous mettre ». Elle arrête l’enregistrement, visiblement très énervée.

Ci-dessous la vidéo, sous-titrée en français:

Appel désesperé d’une anesthésiste à la population: « restez chez vous »

Le dur réveil des italiens

Les chiffres enregistrés hier parlent d’eux-mêmes: 1200 cas positifs en seulement 24h, 36 décès en plus, 2651 hospitalisations, 567 en soins intensifs.

Les hôpitaux de toute la Lombardie sont saturés, les patients sont transférés dans d’autres régions, les lits en soins intensifs ne sont pas suffisants, il n’y a plus de ventilateur respiratoire disponible. Une nouvelle hypothèse (choc) se profile face à la situation: le choix des patients basé sur l’âge.

Le comportement irresponsable de milliers d’italiens a aussi contribué à l’instauration de cette zone rouge, Hier, il y avait foule dans les rues de Milan (ci-dessous une photo d’un quartier de Milan prise hier) mais aussi dans les stations de ski Lombardes, la vie semblait normale alors que la situation est très grave.

Foule à Milan hier avant le confinement de la Lombardie pour contenir le coronavirus
Foule à Milan hier avant le confinement de la Lombardie pour contenir le coronavirus

Les gens sont dans le déni « ça ne peut pas m’arriver », « c’est juste une grippe », les arguments sont nombreux pour les italiens qui continuaient à vivre normalement, comme si de rien n’était: ignares ou irresponsables ? Le gouvernement les a réveillés.
Ce sont les mêmes commentaires que nous entendons en France aussi.

Ce qui se passe en Italie n’est que l’anticipation de ce qui risque de se passer en France dans une semaine ou deux.

« Pour vaincre le virus, nous devons changer notre façon de vivre, non aux attitudes superficielles. Il faut une grande attention et une grande prise de conscience de la part de tous » sont les mots du président de l’Institut supérieur de la santé (Iss) italien, Silvio Brusaferro. « Les personnes âgées, a-t-il ajouté, en raison de leur fragilité, doivent se déplacer le moins possible. S’ils doivent le faire, ils doivent éviter les endroits bondés et surtout ne pas aller dans les salles d’attente de cabinets médicaux, des urgences ou d’autres endroits où des contacts étroits ont lieu. Si vous avez de la fièvre, surtout si vous êtes dans la vieillesse, appelez votre médecin et demandez de l’aide ».

La quarantaine entrera en vigueur à partir d’aujourd’hui et jusqu’au 3 avril. «Nous réussirons à enrayer l’épidémie », a rassuré le premier ministre, Giuseppe Conte. «Ces mesures provoqueront des désagréments et imposeront des sacrifices. Mais c’est le moment d’être responsable (…) Nous devons protéger notre santé et celle nos proches, de nos parents, mais surtout celle de nos grand-parents, car nous avons découvert que ce sont surtout eux, les plus anciens, qui sont exposés» conclut-il.

A lire aussi notre article du 23 février 2020: Milan, bientôt le Wuhan d’Italie.

Content Protection by DMCA.com

About Marion Martin

L'observatoire international des maladies infectieuses et tropicales, comprend des médecins spécialisés dans tous les domaines des maladies infectieuses, plus particulièrement les infections de l'immunodéprimé, du voyageur et du migrant et les infections émergentes ainsi que l'infection 2019-nCov et la tuberculose

Laisser un commentaire