Coronavirus à Milan: « C’est l’enfer, restez à la maison ou ce sera un bain de sang »

Les médecins en soins intensifs, qui vivent l’enfer ces jours-ci à cause du coronavirus, se relaient pour lancer des appels désepérés en suppliant les gens de rester chez eux. L’image du coronavirus est le professeur Antonio Pesenti, directeur de la polyclinique et coordinateur de l’unité de crise de la région de Lombardie pour les soins intensifs, qui pleure. Il coupe court: «Ce n’est jamais arrivé. Je ne suis jamais ému ». Mais il ajoute : « Imaginez un médecin de garde aux urgences, où il arrive plus de malades qu’il ne peut traiter en même temps. Cela s’est produit dans les premiers jours de la crise, maintenant nous sommes équipés ».

La situation à Milan: « Chaque jour, nous intubons de trente à cinquante patients, ce sont des nombres de guerre »

Mais l’onde de choc de la contagion en Lombardie est toujours plus puissante que les forces sur le terrain. A tel point qu’un médecin de soins intensifs de l’hôpital Sacco di Milano lance via WhatsApp un appel désespéré (lien en italien):

« Bonjour de l’enfer. C’est vraiment lourd et dur ici. Nous sommes épuisés, mais nous résistons. Je vous demande une faveur pour nous et surtout pour les infirmières qui sont au-delà de l’héroïsme. Aidez-nous en restant à la maison, nous sommes presque incapables d’aider davantage. En Lombardie, les cas positifs sont de 5 791, les morts 468 et le pire, écrit le médecin, n’est pas encore arrivé. « On s’attend à ce que nous culminions encore et nous sommes passés de huit lits de réanimation générale et de huit lits en chirurgies cardiaques à 32 lits. Nous allons augmenter à nouveau, mais nous, médecins et infirmières, sommes toujours les mêmes. Il faut convaincre vos amis et vos connaissances de rester 15-20 jours chez eux sans sortir. Sinon, ce sera un bain de sang. À Sacco, il y a 23 patients intubés et dans toute la région il y a plus de 500 patients qui ont besoin de ventilation mécanique. Chaque jour, nous intubons de trente à cinquante patients, ce sont des nombres de guerre », explique le directeur de l’unité de soins intensifs de Sacco, Emanuele Catena.

Un patient atteint du coronavirus transporté avec toutes les protections à Milan. Les médecins sont epuisés, les soins intensifs saturés. Des appels sont lancés pour que les gens restent chez eux.
Un patient atteint du coronavirus transporté avec toutes les protections nécessaires à Milan

Il explique que les patients sont presque exclusivement adultes, âgés et jeunes, les femmes sont moins touchées. Ils arrivent dans un état très critique, intubés, reliés à un ventilateur, maintenus dans un coma pharmacologique et pour que la pathologie soit résolue, il faut plusieurs jours d’hospitalisation. Le fait d’être en soins intensifs pendant dix ou quinze jours expose ensuite le patient à des complications à long terme. Dans son unité, dit-il, les infirmières font des quarts de travail de huit heures, les médecins de 12 à 14 heures et après les quarts de travail, ils sortent épuisés, parce qu’ils passent la plupart de leur temps sous des combinaisons de protection, avec un travail acharné sur des patients très complexes, dangereux et délicats, qui ont également besoin de changements de posture afin d’être mieux traités. « Le personnel médical fait vraiment tout et donne le meilleur de soi-même ».

A Bergame, les médecins généralistes, sans matériel de protection, sont chargés de soigner les patients atteints du coronavirus

Certains directeurs d’unités de soins intensifs sont épuisés. Giulio Gallera, conseiller à l’Agence de Santé Publique de Bregame, déclare : « Bergame est dans une situation très tendue. À Crémone, nous avons transferé huit patients et nous envoyons des immunologistes ». Le président de l’ordre médical de Bergame, Guido Marinoni, confirme :

« La situation ici est dramatique. Les thérapies intensives sont pleines. Les patients les plus graves souffrant d’insuffisance respiratoire peuvent encore être admis, mais beaucoup avec une pneumonie bilatérale sont renvoyés à la maison pour être suivis par les médecins généralistes et il y en a actuellement environ 2.000. Cependant, beaucoup de ces patients sont incapables d’effectuer l’écouvillon (le test de dépistage), qui est destiné principalement à l’hôpital, bien qu’ils puissent être potentiellement positifs. Et le plus grave, c’est que les médecins généralistes qui doivent les traiter n’ont souvent pas encore l’équipement de protection disponible. Matériel inadapté et beaucoup de travail: maintenant, à Bergame, il y a quatre médecins hospitalisés et quarante en isolement » .

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About Marion Martin

L'observatoire international des maladies infectieuses et tropicales, comprend des médecins spécialisés dans tous les domaines des maladies infectieuses, plus particulièrement les infections de l'immunodéprimé, du voyageur et du migrant et les infections émergentes ainsi que l'infection 2019-nCov et la tuberculose

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